Mon intérêt pour le tantra s’inscrit dans la continuité de mon parcours de kinésithérapeute et d’ostéopathe : comprendre le corps, mais aussi la manière dont nous l’habitons, dont nous ressentons et dont nous entrons en relation.
Dans la façon dont j’aborde l’ostéopathie biodynamique, j’ai retrouvé des résonances avec certaines dimensions du tantra : la présence, l’attention aux sensations, la lenteur et la disponibilité à ce qui se présente.
Ces traditions ont des histoires et des finalités différentes. Le rapprochement que je propose ici est personnel : il explique ce qui m’a intéressé et ce qui nourrit ma posture de praticien.
La connexion : être présent à soi pour rencontrer l’autre
La connexion commence par une attention à soi : sentir sa respiration, ses appuis, ses tensions, reconnaître son état intérieur.
Pour le praticien, cette disponibilité compte. Lorsque je suis absorbé par l’envie d’obtenir un résultat, je risque d’être moins attentif à ce que la personne exprime réellement.
Dans mon approche du soin, me rendre présent signifie écouter les mots, mais aussi respecter les silences, observer les réactions au contact et ajuster mes gestes.
Le tantra m’intéresse notamment par cette invitation à habiter davantage l’instant. Une rencontre prend une autre qualité lorsque chacun peut y être accueilli sans devoir produire une réponse attendue.
L’ouverture du cœur : une qualité de relation
L’expression « ouverture du cœur » évoque pour moi la bienveillance, la sensibilité et la capacité à être touché humainement par la rencontre.
Elle signifie accueillir la personne avec son histoire, ses fragilités et ses ressources, sans la réduire à un symptôme.
Dans le soin, cette ouverture va de pair avec un cadre clair. Elle respecte l’intimité, le consentement et les limites de chacun. La proximité humaine ne suppose pas de tout partager ni de demander au patient de se livrer.
Ouvrir le cœur, dans ma pratique, c’est rester humain dans le geste technique.
La lenteur : laisser une place au ressenti
La lenteur offre du temps pour percevoir.
Lorsque le geste ralentit, il devient possible d’en sentir les nuances : une pression confortable ou excessive, une respiration retenue, une envie de bouger, un changement dans les sensations.
C’est un point de rencontre important entre mon intérêt pour le tantra et ma pratique tissulaire et biodynamique. Je cherche à laisser suffisamment de place à l’expérience de la personne pour que le soin puisse s’ajuster.
Cette lenteur n’est pas une règle absolue. Elle est une disponibilité : prendre le temps nécessaire, sans imposer un rythme ni rechercher à tout prix une sensation particulière.
L’intention : orienter son attention sans imposer
Avec quelle intention pose-t-on une main ?
On peut chercher à corriger, à mobiliser, à examiner ou à accompagner. Cette orientation influence la manière d’aborder la personne et de conduire le geste.
Dans la tradition biodynamique, l’attention portée à la Santé et aux ressources du patient occupe une place centrale. C’est une philosophie de pratique, telle qu’elle apparaît notamment dans les enseignements de James Jealous.
J’y retrouve une question qui m’intéresse également dans le tantra : comment être pleinement engagé tout en laissant de l’espace à l’autre ?
Mon intention est d’être attentif, de proposer et d’ajuster. Elle ne permet pas de décider à la place du patient ce qu’il devrait ressentir, ni de garantir une transformation.
S’ouvrir à plus grand que soi
Ce qui m’a profondément intéressé dans le tantra, et qui résonne avec mon approche de l’ostéopathie biodynamique, c’est aussi cette ouverture à plus grand que nous.
Accepter que la vie ne se laisse pas entièrement expliquer, prévoir ou maîtriser. Reconnaître que nos connaissances sont précieuses, tout en laissant une place au mystère du vivant.
Dans la tradition biodynamique, cette dimension s’exprime notamment à travers le « Souffle de Vie ». Dans ma rencontre avec le tantra, elle rejoint le sentiment d’appartenir à une réalité plus vaste que soi. Ces langages spirituels nourrissent ma réflexion sans constituer des explications physiologiques.
Cette ouverture transforme ma manière d’envisager la présence : être pleinement engagé, tout en renonçant à tout diriger. Écouter ce qui se présente, laisser une place à l’inattendu et accueillir ce que je ne comprends pas encore.
L’ouverture du cœur prend ici une dimension supplémentaire : une disponibilité à l’autre, mais aussi à la vie qui nous traverse et nous dépasse.
Chacun peut donner à cette expérience le sens qui lui correspond : spirituel, philosophique, ou simplement celui d’un lien profond avec le vivant. Aucune croyance n’est attendue du patient.
C’est aussi pour cela que le tantra m’a intéressé : il rejoint cette recherche d’une présence humble et ouverte, où l’on accepte de rencontrer davantage que ce que l’on sait déjà.
Du bassin au sommet du crâne : une fontaine de vie
Certaines traditions tantriques décrivent la kundalini comme une énergie située à la base de la colonne, dont l’ascension traverse des centres subtils vers le sommet du crâne. Cette représentation appartient à leur conception spirituelle du corps. Repères : British Museum.
Une image relie pour moi ces deux univers : celle d’une fontaine de vie. Dans ma lecture personnelle de la biodynamique, j’imagine le Souffle de Vie traversant le corps du coccyx à la région de la fontanelle. Je rapproche cette image de la kundalini, qui s’élève du bassin vers le sommet du crâne.
Ce rapprochement évoque une continuité, un élan et une ouverture à plus grand que soi. C’est une interprétation symbolique personnelle, pas une définition commune à toutes ces traditions ni un trajet anatomique démontré.
Le bassin peut évoquer l’ancrage et la vitalité ; la région du cœur, la relation et l’ouverture ; le sommet du crâne, une dimension de conscience et de spiritualité. Il s’agit ici d’une lecture symbolique.
Dans le langage du ressenti, on peut parler de chaleur, de mouvement intérieur, de fluidité ou d’« énergie qui circule ». Ces mots décrivent une expérience vécue. Ils ne désignent pas un courant anatomique démontré qui remonterait du bassin au crâne.
Je trouve dans cette représentation une invitation à écouter le corps comme un ensemble, sans confondre les voies nerveuses, les tissus et les notions de corps subtil.
Ce que le tantra apporte à ma réflexion sur le soin
Le tantra recouvre des traditions diverses. Mon intérêt porte particulièrement sur la présence corporelle, la respiration, la qualité de l’attention et la dimension spirituelle de l’existence.
Ce qui m’a attiré, c’est la possibilité d’explorer une relation au corps moins centrée sur la performance et davantage attentive au vécu.
Cela rejoint ma recherche en ostéopathie biodynamique : affiner mon toucher, prendre conscience de mes attentes, respecter le rythme de la personne et accepter qu’une rencontre ne soit jamais entièrement prévisible.
Au cabinet, cette inspiration nourrit ma posture et ma qualité d’écoute. La séance conserve son cadre professionnel, sans pratique sexuelle ni demande d’adhésion à une croyance. Chacun vient avec ses convictions, ses besoins et ses limites.
Si le tantra m’a intéressé, c’est parce qu’il fait écho à une conviction qui accompagne mon parcours : soigner engage des connaissances et des gestes, mais aussi une manière d’être présent à l’autre.
Pour prolonger la lecture
Tantra et présence thérapeutique · Le still point · Corps, âme et esprit