Dans son livre Le corps n’oublie rien, le psychiatre Bessel van der Kolk développe une idée centrale : un traumatisme ne demeure pas seulement dans nos souvenirs. Il peut continuer à influencer les émotions, les sensations corporelles et le fonctionnement du système nerveux longtemps après la disparition du danger.
Face à une expérience menaçante, l’organisme mobilise des mécanismes de protection : lutter, fuir, se figer ou se couper de certaines sensations. Lorsque cette expérience ne peut pas être pleinement intégrée, le corps peut rester dans un état d’alerte ou de retrait.
Cela peut se manifester par de l’hypervigilance, des troubles du sommeil, une respiration tendue, des réactions de sursaut ou, au contraire, une impression d’engourdissement et de déconnexion. Une situation présente peut alors déclencher une réaction corporelle intense parce qu’elle rappelle une expérience passée.
Van der Kolk compare ce phénomène à une alarme incendie dont le seuil de sensibilité aurait été déréglé. Habituellement, elle se déclenche devant une fumée signalant un véritable danger. Après un traumatisme, elle peut réagir à un signal beaucoup plus faible, comme la fumée d’une cigarette : le système de protection fonctionne toujours, mais il est devenu excessivement sensible.
Dire que « le corps n’oublie rien » ne signifie pas que les souvenirs seraient littéralement enfermés dans les muscles ou les fascias. Cette expression décrit plutôt la persistance de réactions physiologiques, émotionnelles et comportementales associées à l’événement.
Pour Van der Kolk, la guérison passe par la possibilité de retrouver de la sécurité, de se reconnecter au présent et d’habiter de nouveau son corps sans être constamment envahi par les réactions du passé. Les psychothérapies spécialisées dans le traumatisme, notamment l’EMDR et certaines thérapies cognitives, occupent une place essentielle. Le mouvement, la respiration, le yoga et d’autres approches corporelles peuvent constituer des accompagnements complémentaires.
Le toucher thérapeutique et l’ostéopathie ne traitent pas à eux seuls un traumatisme psychique. Ils peuvent néanmoins participer, dans un cadre adapté et respectueux, à une meilleure perception du corps, à l’apaisement des tensions et au retour progressif d’un sentiment de sécurité.