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Holisme · Organisme · Médecine

Kurt Goldstein : comprendre l’être humain comme un tout

Comparer l’approche organismique à la pensée réductionniste pour mieux comprendre la personne derrière le symptôme.

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La médecine moderne a largement progressé grâce à une démarche réductionniste. Pour comprendre un phénomène complexe, elle le décompose en éléments plus simples : un organe, un tissu, une cellule, une molécule ou un mécanisme précis.

Cette méthode a permis des avancées considérables. Elle aide à identifier une lésion, à comprendre le rôle d’une structure et à proposer un traitement ciblé. Mais lorsqu’elle devient l’unique manière de regarder le patient, elle risque de réduire la personne à une succession de pièces indépendantes.

Au début du XXᵉ siècle, le neurologue et psychiatre allemand Kurt Goldstein a proposé une autre manière de comprendre le vivant : l’approche holistique, également appelée approche « organismique ».

Pendant et après la Première Guerre mondiale, Goldstein a travaillé auprès de soldats souffrant de lésions cérébrales. Il constata que les conséquences d’une blessure ne pouvaient pas être comprises uniquement en associant une zone du cerveau à une fonction isolée. Une lésion locale pouvait aussi transformer la manière dont la personne percevait son environnement, organisait ses gestes, s’adaptait aux situations et construisait son rapport au monde.

En retour, l’organisme cherchait de nouvelles façons de fonctionner. La personne ne se contentait pas de compenser mécaniquement une fonction perdue : elle réorganisait l’ensemble de son comportement afin de retrouver un équilibre possible.

Pour Goldstein, un symptôme local ne prend véritablement son sens qu’à l’intérieur du fonctionnement global de la personne.

Dans cette approche, l’organisme n’est pas un assemblage de systèmes indépendants. Chaque partie existe et fonctionne en relation avec l’ensemble. Une modification locale peut entraîner des adaptations à distance. Inversement, l’état général de la personne peut influencer la manière dont une fonction particulière s’exprime.

Cette vision ne nie pas l’existence des organes, des lésions ou des mécanismes biologiques. Elle rappelle simplement qu’ils appartiennent toujours à un organisme vivant qui cherche à maintenir sa cohérence dans un environnement donné.

L’approche réductionniste, de son côté, cherche à isoler un phénomène afin de l’étudier avec précision. Devant une douleur d’épaule, par exemple, elle recherchera une atteinte du tendon, de l’articulation ou d’un nerf. Cette démarche est indispensable pour établir un diagnostic, écarter une pathologie grave et choisir certains traitements.

Elle devient toutefois insuffisante lorsqu’elle suppose qu’une seule structure explique nécessairement toute l’expérience du patient. Deux personnes présentant une lésion comparable peuvent ressentir des douleurs très différentes et évoluer différemment. Le sommeil, le stress, les expériences antérieures, le contexte professionnel, la confiance dans le mouvement et l’état du système nerveux peuvent modifier la perception de la douleur et les possibilités de récupération.

L’approche holistique ne demande donc pas seulement : « Quelle structure est atteinte ? » Elle cherche également à savoir comment la personne, dans son ensemble, s’organise autour de cette difficulté. Cette vision ne consiste pas à rechercher systématiquement une cause émotionnelle derrière chaque symptôme. Elle reconnaît que les dimensions biologiques, mécaniques, neurologiques, psychologiques et relationnelles peuvent interagir.

Goldstein considérait que tout organisme tend à actualiser ses possibilités, c’est-à-dire à réaliser au mieux ses capacités dans les circonstances qui sont les siennes. Cette « actualisation de soi » ne correspond pas exactement à la recherche d’un idéal ou d’une performance personnelle. Elle désigne la tendance du vivant à s’organiser, à s’adapter et à développer les réponses qui lui permettent d’exister de la manière la plus cohérente possible.

Lorsqu’une blessure, une maladie ou un événement bouleverse cet équilibre, l’organisme cherche une nouvelle organisation. Un symptôme peut alors être compris non seulement comme un dysfonctionnement, mais aussi comme la manifestation d’une stratégie d’adaptation devenue coûteuse ou insuffisante.

Il serait pourtant réducteur d’opposer totalement holisme et réductionnisme. Nous avons besoin de l’analyse pour identifier précisément les structures, les mécanismes et les pathologies. Mais nous avons également besoin d’une vision globale pour comprendre comment ces éléments s’intègrent dans la vie d’une personne.

Le réductionnisme permet d’observer les pièces du puzzle. L’approche holistique aide à comprendre l’image qu’elles forment ensemble. Une vision uniquement réductionniste risque d’oublier la personne. Une vision holistique sans bases anatomiques, physiologiques et cliniques peut, à l’inverse, devenir imprécise ou conduire à des interprétations excessives.

Une inspiration pour ma pratique

La pensée de Goldstein rejoint profondément ma manière d’envisager le soin. Une douleur ne peut pas toujours être comprise en examinant uniquement l’endroit où elle se manifeste.

Le corps s’adapte en permanence. Il modifie sa posture, sa respiration, ses tensions musculaires et ses stratégies de mouvement. Le système nerveux tient compte de l’environnement, de la fatigue, des expériences passées et du sentiment de sécurité.

Dans ma pratique, cela m’invite à ne pas traiter seulement une articulation ou un muscle, mais à écouter la manière dont l’ensemble du corps s’organise. Le geste thérapeutique reste précis et anatomique, mais il s’inscrit dans une compréhension plus large de la personne.

Soigner ne signifie alors pas seulement corriger une pièce défectueuse. Il s’agit aussi d’aider l’organisme à retrouver davantage de possibilités, de cohérence et de liberté d’adaptation.

Pour aller plus loin

Comprendre la personne derrière le symptôme.

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