Les douleurs musculaires, articulaires ou tendineuses sont le plus souvent liées à plusieurs facteurs : activité inhabituelle, gestes répétitifs, traumatisme, vieillissement, inflammation, conditions de travail ou sensibilisation du système nerveux.
Cependant, certains médicaments peuvent également provoquer ou favoriser des troubles musculosquelettiques. Lorsqu’une douleur apparaît sans cause évidente après le début ou la modification d’un traitement, il est important de penser à cette possibilité.
Cela ne signifie pas que le médicament est nécessairement responsable. Le lien doit être évalué avec le médecin ou le pharmacien en tenant compte de la date d’apparition des symptômes, de la dose, des autres traitements et de l’état général de la personne.
Les fluoroquinolones : un risque tendineux bien identifié
Les fluoroquinolones sont une famille d’antibiotiques comprenant notamment la ciprofloxacine, la lévofloxacine, la moxifloxacine et l’ofloxacine.
Elles peuvent, dans de rares cas, provoquer une atteinte des tendons : douleur, gonflement, tendinopathie — souvent appelée tendinite — et parfois rupture. Le tendon d’Achille est le plus fréquemment concerné, mais d’autres tendons peuvent être atteints, notamment au niveau de l’épaule, du coude, de la main ou du genou.
Les symptômes peuvent apparaître dès les premières quarante-huit heures du traitement, mais également plusieurs semaines ou plusieurs mois après son arrêt. Le risque est plus important après 60 ans, en cas d’insuffisance rénale, après une greffe d’organe ou lors de la prise simultanée de corticoïdes.
Une douleur ou un gonflement tendineux apparaissant pendant un traitement par fluoroquinolone nécessite d’interrompre l’effort, de mettre la zone au repos, d’arrêter l’antibiotique conformément aux recommandations européennes et de contacter immédiatement le médecin prescripteur.
Les statines et les douleurs musculaires
Les statines, comme l’atorvastatine, la simvastatine ou la rosuvastatine, sont prescrites pour diminuer le cholestérol et prévenir les accidents cardiovasculaires. Certaines personnes peuvent ressentir des douleurs, des crampes, une sensibilité ou une faiblesse musculaire.
La myopathie médicamenteuse est beaucoup plus rare. Sa forme la plus grave, appelée rhabdomyolyse, correspond à une destruction importante des fibres musculaires et nécessite une prise en charge urgente.
Une faiblesse inhabituelle, des douleurs musculaires intenses ou des urines très foncées doivent conduire à consulter rapidement. En dehors d’une situation urgente, une statine ne doit pas être arrêtée sans l’avis du prescripteur, car elle peut jouer un rôle essentiel dans la prévention cardiovasculaire.
Les corticoïdes
Les traitements corticoïdes pris de manière prolongée peuvent favoriser une faiblesse musculaire, une diminution de la qualité osseuse et une fragilisation progressive de certains tissus. Ils peuvent également augmenter le risque de tendinopathie ou de rupture tendineuse lorsqu’ils sont associés à une fluoroquinolone.
Une infiltration de corticoïdes peut être utile dans certaines indications précises, mais des injections répétées ou réalisées trop près d’un tendon fragilisé demandent une évaluation rigoureuse.
Les traitements hormonaux du cancer du sein
Les inhibiteurs de l’aromatase, tels que l’anastrozole, le létrozole ou l’exémestane, peuvent provoquer des douleurs articulaires, des raideurs, des douleurs musculaires et parfois des atteintes des gaines tendineuses.
Ces effets peuvent être gênants, mais le traitement ne doit jamais être interrompu sans l’accord de l’équipe d’oncologie. Des adaptations et des prises en charge complémentaires sont souvent possibles.
D’autres médicaments peuvent être concernés
D’autres traitements peuvent plus rarement provoquer des douleurs musculaires ou articulaires : certains médicaments contre l’acné dérivés de la vitamine A, des traitements anticancéreux ou immunologiques, ainsi que certaines associations médicamenteuses.
Cette liste n’est pas exhaustive. La notice, le pharmacien et le médecin permettent de vérifier si un symptôme peut correspondre à un effet indésirable connu ou à une interaction entre plusieurs traitements.
Quand penser à une origine médicamenteuse ?
Cette hypothèse peut être évoquée lorsque la douleur :
- apparaît peu après l’introduction d’un médicament ou une augmentation de sa dose ;
- survient sans effort ou traumatisme suffisant pour l’expliquer ;
- concerne plusieurs régions du corps simultanément ;
- s’accompagne d’une faiblesse musculaire inhabituelle ;
- récidive lors de la reprise du même traitement ;
- ne réagit pas comme une tendinopathie mécanique habituelle.
La chronologie apporte des indices, mais elle ne permet pas à elle seule d’établir la responsabilité du médicament.
Que faire devant une douleur inhabituelle ?
Il est important d’informer le médecin ou le pharmacien de l’ensemble des traitements pris, y compris les médicaments obtenus sans ordonnance et les compléments alimentaires.
En règle générale, un traitement ne doit pas être arrêté ou modifié sans avis médical. Les atteintes tendineuses sous fluoroquinolones constituent toutefois une situation particulière nécessitant l’arrêt du médicament et un contact médical immédiat.
Une sensation de claquement, une perte brutale de force, l’impossibilité de prendre appui ou de mobiliser un membre peuvent évoquer une rupture tendineuse et justifient une évaluation rapide. Des douleurs musculaires intenses associées à une grande faiblesse ou à des urines foncées nécessitent également une consultation urgente.
Dans une consultation consacrée aux douleurs musculosquelettiques, l’interrogatoire sur les médicaments est donc essentiel. Le traitement manuel peut accompagner certaines douleurs, mais il ne remplace ni l’évaluation médicale ni l’adaptation éventuelle du traitement responsable.