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Sens · Projet · Santé

Et si la santé passait aussi par le sens donné à la vie ?

Le corps ne vit pas seulement de mouvement et de nutriments. Il a aussi besoin de désir, d’espoir et d’une direction.

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Lorsque l’on parle de santé, on évoque volontiers l’alimentation, l’activité physique, le sommeil ou la gestion du stress. Ces dimensions sont essentielles. Pourtant, une autre question, plus profonde, est parfois laissée de côté : qu’est-ce qui nous donne envie de nous lever le matin ?

Le corps humain n’est pas seulement un organisme qu’il faudrait entretenir. Il est aussi porté par le désir, l’espoir, les relations et les projets. Pour s’animer pleinement, il semble avoir besoin d’une direction.

Quand plus rien ne met en mouvement

Lorsqu’une personne ne parvient plus à se projeter, quelque chose peut progressivement ralentir. L’envie diminue, les initiatives deviennent plus difficiles et les journées perdent leur relief. Le corps lui-même peut sembler plus lourd : les gestes se raréfient, la posture se referme, la respiration devient moins ample et la fatigue s’installe.

Ce ralentissement peut accompagner un état dépressif. Il ne faut cependant pas en conclure que l’absence de projet serait l’unique cause de la dépression, ni qu’il suffirait de « se motiver » pour en sortir. La dépression est une maladie complexe qui peut nécessiter un accompagnement médical et psychothérapeutique.

Mais lorsqu’il n’existe plus rien à attendre, à construire ou à partager, le corps risque de fonctionner davantage sur le mode de la survie que sur celui de l’élan vital.

Viktor Frankl : trouver une raison de continuer

Le psychiatre Viktor Frankl a placé cette question au cœur de la logothérapie, une approche fondée sur la recherche de sens. Dans son ouvrage Découvrir un sens à sa vie, il témoigne notamment de son expérience des camps de concentration.

Dans ces conditions extrêmes, Frankl avait observé que la possibilité de se relier intérieurement à un sens pouvait aider certains prisonniers à tenir : l’espoir de revoir leur famille, une foi, une responsabilité à retrouver, un travail à poursuivre ou simplement le projet de rester vivant jusqu’au lendemain.

Il ne prétendait pas que la volonté ou l’espoir garantissaient la survie. Il montrait plutôt que, même lorsque l’être humain ne maîtrise plus les circonstances, la possibilité de se tourner vers une personne, une valeur ou une tâche à accomplir peut préserver une part de sa vie intérieure.

Le projet crée un demain. Et l’existence d’un demain peut déjà transformer la manière d’habiter aujourd’hui.

Un projet n’a pas besoin d’être spectaculaire

Donner du sens à sa vie ne signifie pas nécessairement poursuivre une grande ambition. Un projet peut être très simple : retrouver quelqu’un, prendre soin d’un proche, apprendre, transmettre, créer, jardiner, voyager, reprendre une activité ou participer à la vie d’un groupe.

Il peut même consister, pendant une période difficile, à accomplir un seul geste : sortir quelques minutes, préparer un repas, appeler un ami ou se rendre à un rendez-vous.

Ce qui compte n’est pas la grandeur du projet, mais sa capacité à réintroduire une direction et un mouvement. Lorsqu’un désir réapparaît, même modestement, le corps reçoit une invitation à se remettre en relation avec le monde.

La santé ne se résume pas à un programme

Nous pouvons parfois transformer la santé en une nouvelle liste d’obligations : bien manger, faire du sport, méditer, dormir suffisamment et surveiller chaque indicateur. Toutes ces habitudes peuvent être bénéfiques, mais elles perdent une partie de leur sens si elles deviennent uniquement des tâches à accomplir.

Pourquoi vouloir prendre soin de son corps si plus rien ne nous appelle au-delà de lui ?

L’être humain ne vit pas seulement de nutriments, de performances ou de données mesurables. Il a besoin d’aimer, d’être relié, de contribuer et de sentir que sa présence compte pour quelqu’un ou pour quelque chose.

Le sens ne remplace ni l’activité physique, ni une alimentation adaptée, ni les soins nécessaires. Il peut cependant leur donner une direction. On ne marche plus seulement parce qu’il faut bouger, mais pour rejoindre un lieu. On ne cherche plus seulement à retrouver de l’énergie, mais à pouvoir réaliser ce qui nous tient à cœur.

Dans ma pratique

Cette réflexion m’invite à ne pas considérer uniquement la région douloureuse ou la fonction qui ne répond plus. Derrière un corps tendu, épuisé ou ralenti, il existe une personne avec son histoire, ses liens, ses pertes, mais aussi ses aspirations.

Le soin peut aider le corps à retrouver davantage de disponibilité. Il peut diminuer certaines tensions, redonner confiance dans le mouvement et offrir un espace de sécurité. Mais cet apaisement prend une autre dimension lorsqu’il permet à la personne de revenir vers ce qui donne du sens à sa vie.

La véritable question n’est alors pas seulement : « Comment faire disparaître ce symptôme ? » Elle peut aussi devenir : « Vers quoi ai-je envie de remettre mon corps en mouvement ? »

Prendre soin de sa santé, ce n’est peut-être pas uniquement chercher à vivre plus longtemps ou à mieux fonctionner. C’est également retrouver une raison de s’animer, de désirer et de se tourner vers demain.

Retrouver une direction vers laquelle remettre le corps en mouvement.

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